Savoureuse humanité - 2ème partie - Annick Chenu

C’est la sonnette de la porte d’entrée qui nous  réveille à neuf heures du matin. Avant que Sandra n’ouvre j’ai déjà flairé les phéromones. Encore endormie, ma maîtresse met un temps fou à tourner les verrous. Quand la porte s’ouvre enfin je contourne des chaussures cirées pour aller renifler le derrière d’une chienne altière, certes, mais dont les effluves ne laissent aucun doute quant à ses futures dispositions!
Une voix grave résonne au bout de la laisse de la ravissante puis les cris de Sandra m’arrachent aux fragrances excitantes. Un coup de pied discret mais ferme me dégage de la chienne. Je m’inquiète soudain de ce qui arrive à ma maîtresse. Elle pleure. Ca me met dans tous mes états. Un gémissement incontrôlable m’échappe. Je saute dans ses bras et elle me serre convulsivement. La grosse voix se fait de nouveau entendre et cette fois je dresse les oreilles.
      -Nous avons trouvé votre message sur son répondeur. Vous l’attendiez à 17h c’est cela?
Sandra acquiesce de la tête.
      -Bien. Et il n’est pas venu. C’est bien cela?
Sandra renifle :
      -Dire que les dernières paroles que je lui ai dites étaient des injures!
      -Si cela peut vous consoler, il ne les a pas entendues. Il est mort la nuit précédente.
Sandra relève la tête :
      -De quoi est-il mort? Un accident?
L’inspecteur respire un grand coup et, le plus doucement possible, annonce :
      -Ses chiens l’ont dévoré.
     -Hector et Hannibal? Comment est-ce possible?
      - Votre ami est rentré avant hier soir complètement ivre. Ses chiens n’ont pas reconnu son odeur. Cela arrive malheureusement et avec ce type de chiens cela peut s’avérer dangereux.
      -Je ne comprends pas; William les attache toujours avant de sortir.
      -Apparemment leur laisse s’est cassée. Nous avons dû les abattre tous les deux.
      -Mais pourquoi?
      -Un chien qui a goûté à la chair humaine est irrécupérable.
Je dresse les oreilles. Les deux monstres ont disparu eux aussi! Plus de William et plus de paquets de muscles pour me harceler! Je remue la queue sans y penser.
      -Cela a l’air de faire plaisir à votre chien ; à moins que ce ne soit Ronda qui ne l’excite à nouveau.
      -Maxou ne supportait pas William…et ses deux chiens le terrorisaient.
     -Ah oui?
L’inspecteur m’examine et, l’espace d’un instant, je lis de la suspicion dans son regard. Mais il se retourne vers ma maîtresse et prend congé.
La porte à peine refermée Sandra court s’effondrer sur son lit où elle pleure le reste de la matinée. Allongé près d’elle je reste sans bouger, la truffe entre mes pattes encore imprégnées des senteurs de Ronda.
Au cours de l’après-midi c’est l’avalanche d’appels téléphoniques. Sandra ne mange rien. Moi non plus. Elle oublie de me sortir. Vers le soir, n’en pouvant plus, je commence à gémir.
Elle m’ouvre la porte.
C’est la seconde fois que je sors tout seul dans la ville. Je suis tenté d’aller chez William mais l’odeur de Ronda flotte dans l’air. Je piste sa trace jusqu’à une voiture garée au coin de la rue. Monsieur l’inspecteur! Tiens donc ! Au prix d’un gros effort je m’éloigne et m’acquitte de mes mictions canines contre un lampadaire. Je renifle une poubelle. Mon estomac vide gronde mais je ne fouillerai pas les ordures devant Ronda. Pause caniveau et retour au bercail.

Ah Ronda tu m’as sauvé! Je retrouve ma place dans le lit de ma maîtresse et m’endors.


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