Délie-plume n°4 proposé par Les mots ma muse - écrivain public

 Minérale - A. Chenu
Avec la halte à l'ombre et la colonne de froid qui s'insinue dans l'air du véhicule à l'arrêt, les passagers émergent de leur somnolence. Frissonnants, ils frictionnent leurs membres engourdis.
Dans la pénombre de l'habitacle, la femme regarde les nuages de vapeur s'échappant des bouches de ses compagnons. Il lui vient une envie de pousser le volet et regarder le ciel, la mer qui doit être là quelque part.
Des jours à cahoter dans le désert en route vers un avenir, meilleur peut-être. Mais un avenir ce serait déjà bien. Ils ne se sont jamais arrêtés si longtemps: la fin du voyage?
Elle n'y résiste plus et soulève doucement le battant. Pas un bruit. Aucun mouvement. Enhardie, elle l'ouvre complètement. Le silence est glacé sous la voûte étoilée. Elle se laisse glisser sur le sol et contourne le véhicule. Le chauffeur est là, appuyé contre les pneus. des larmes cristallisent sur ses joues. Il la regarde: "c'est fini! Plus d'essence. on va mourir. J'espère que la prochaine vie sera meilleure..."
Elle vient près de lui se remplir de l'immensité du désert. Après un temps elle répond: "Moi aussi. Mais alors je serai une autre forme, minérale."

Minéral - A. Chenu - Monotype

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